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RDC: 50 ans d'indpendance et de malheurs?

Par Yvan B./Source: Radio Canada - 03/08/2010

Un bilan sombre pour l'anniversaire du pays indépendant anciennement Zaïre

 

La République démocratique du Congo a célébré avec faste mercredi le 50e anniversaire de son indépendance. Dans la capitale, Kinshasa, il y eût un grand défilé sur le boulevard du 30 juin, qui a bénéficié pour l'occasion d'une cure de rajeunissement exécutée par des travailleurs chinois. Néanmoins, L'anniversaire du pays est assombri par le bilan de ces 50 premières années d'indépendance. Bien que la RDC soit un pays disposant d'immenses ressources, notamment minières, sa population vit dans une grande pauvreté : près de 80 % des 67 millions d'habitants vivent avec moins de 2 $ par jour. Le pays a en outre son lot de malheurs: assassinat de son leader historique, Patrice Lumumba, en 1961, prise du pouvoir par le général Mobutu, qui a pillé le pays, dictature de Laurent-Désiré Kabila, sans compter, plus récemment, la première grande guerre africaine, qui a fait de 3 à 5 millions de morts et des millions de déplacés entre 1998 et 2003. La guerre, à laquelle participaient plusieurs États africains attirés par des concessions minières d'or, de cuivre, de cobalt ou de coltan, a aussi été marquée par une véritable épidémie de violences sexuelles dont les conséquences sont assurément importantes. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à la frontière du Rwanda, ont été particulièrement éprouvées par ce conflit, qui a mis aux prises des Hutus, des Tutsis et l'armée congolaise. Cette dernière, censée assurer la sécurité, se voit plutôt accusée de se livrer à son lot d'exactions.


 


© news.cn
Défilé militaire du 30 juin pour les festivités du cinquantenaire de l'indépendance du pays
L'élection en 2006 de Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré Kabila, a ravivé quelque peu l'espoir d'un tournant démocratique, mais ses promesses tardent à se réaliser. En avril dernier, l'International Crisis Group, dirigé par la Canadienne Louise Arbour, a souligné que le président Kabila connaissait une dérive autoritaire. Le pouvoir est centralisé dans les bureaux de la présidence, le système de poids et contrepoids politiques n'existe pas, et les libertés civiles sont régulièrement bafouées. Le mois dernier, par exemple, un défenseur des droits de l'homme, Floribert Chebeya, a été assassiné alors qu'il se rendait à un rendez-vous avec le chef de la police nationale. Ce dernier a depuis été suspendu et une douzaine de policiers ont été accusés au terme d'une enquête menée par l'armée.

Des groupes de défense des droits de la personne belges ont d'ailleurs prié le roi Albert II et le premier ministre Yves Leterme d'annuler leur visite dans la foulée de cette affaire. Les relations entre la RDC et la Belgique, qui ont toujours été difficiles, ont aussi été marquées par la récente décision des fils de l'ex-président Patrice Lumumba de poursuivre pour crimes de guerre 12 responsables belges soupçonnés d'avoir trempé dans l'assassinat de leur père. La 51e année d'existence du pays pourrait amener une nouvelle lueur d'espoir. Le Fonds monétaire international pourrait annoncer qu'il annule jusqu'à 8 milliards de dollars en dettes contractées par le pays au fil des années. Effacer l'ardoise ne garantira cependant pas le développement économique qu'espèrent des millions de Congolais. La semaine dernière, l'ambassadrice néerlandaise en RDC, Ellen Berends-Vergunst, a profité du fait qu'elle quitte le pays pour se plaindre de la faiblesse du système de justice du pays et de la corruption massive de ses dirigeants. Au moment de l'indépendance, a-t-elle dit, le pays comptait 6000 entreprises européennes. Il en reste aujourd'hui moins d'une centaine.

 


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Défilé militaire du 30 juin pour les festivités du cinquantenaire de l'indépendance du pays
Ne faudrait-il pas reconnaître que la source première de la plupart de nos problèmes et de nos échecs réside dans une vision et une pratique du pouvoir politique contraires aux idéaux de l'indépendance et des sociétés démocratiques?, a récemment écrit la Conférence épiscopale nationale du Congo dans une lettre publiée à l'occasion du 50e anniversaire de l'indépendance. En effet, au lieu d'être un service du bien commun, les responsabilités publiques sont appréhendées et exercées dans la logique du partage des avantages économiques au détriment de la population, poursuivent les évêques. Les ressources naturelles, ajoutent-ils constituent à la fois un bonheur, c'est-à-dire un important atout économique pour le redressement du pays, et un malheur, c'est-à-dire une source permanente de convoitises, de conflits, de corruption, voire d'une mafia internationale dont certains Congolais sont complices. Le manque à gagner occasionné par cette exploitation illicite aurait pourtant servi à élaborer des projets ambitieux de développement économique en vue d'accroître la production nationale et d'améliorer ainsi les conditions de vie des populations, affirme la Conférence épiscopale.

Denis Kalumbe Numbi, un ancien ministre de l'Intérieur chargé des préparatifs des commémorations, se montre moins lapidaire: Il faut que nous célébrions les bonnes et les mauvaises expériences des cinquante dernières années. Il faut que nous corrigions notre histoire. Il s'agit d'une jeune démocratie qui a ses propres problèmes. Nous souhaitons une renaissance. Nous voulons mettre à profit ce moment pour réfléchir et savoir dans quelle direction nous souhaitons aller pour les cinquante prochaines années.

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